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      Ceux qui veulent la Réconciliation contre ceux qui demandent Justice

Ceux qui veulent la Réconciliation contre ceux qui demandent Justice   22/12/2007

Ceux qui veulent la Réconciliation contre ceux qui demandent Justice

par Harut Sassounian

Publié par The California Courier
Editorial de Sassounian du 13 Déc. 2007

 

Si j’avais anticipé que les négationnistes turcs seraient mécontents à la lecture de mon dernier éditorial, "Les Arméniens demandent Justice, et non la reconnaissance," je ne m’attendais pas à ce que parmi les critiques bruyantes qui se sont élevées se trouvent celles émanant de chercheurs turcs "libéraux" et de leurs groupies arméniennes.

Dans les minutes qui ont suivi la mise en ligne de mon article sur "armworkshop" — un site Internet basé à l’Université du Michigan et qui promeut la réconciliation (mais sans aucune conséquence) entre Arméniens et Turcs — une pléthore de réactions a commencé à se déverser.

Un chercheur turc, Erol Koroglu, a jeté la première pierre en se qualifiant sarcastiquement de Turc "stupide". Il répondait à ma phrase, que les négationnistes turcs refusent "ingénieusement" de reconnaître le génocide arménien contrecarrant ainsi les demandes arméniennes de restitution et du retour de leur terre.

Deux membres arméniens "réconciliationnistes" de "armworkshop" sont immédiatement intervenus. Sebouh Aslanian de l’Université de Columbia a dit qu’il était d’accord avec le Dr. Koroglu à propos de ce "regrettable éditorial". Aslanian a continué en disant, "M. Sassounian n’a pas autorité pour représenter tous (ou même la plupart) les Arméniens. Il ne me représente certainement pas", bien que nulle part dans mon article je n’ai prétendu représenter M. Aslanian ou quiconque.

Le message suivant posté sur "armworkshop" émanait d’un homme d’affaires, A. Nurhan Becidyan, originaire de Turquie. Il disait qu’il était d’accord avec "Sebouh que Harut Sassounian ne représente pas tous les Arméniens." Ni Aslanian ni Becidyan n’ont donné d’explications sur leur désaccord avec mon article et pourquoi ils étaient opposés à ce que les Arméniens reçoivent des compensations pour les pertes subies.

Le commentaire posté sur "armworkshop" par le Prof. Halil Berktay, était encore plus bizarre, le professeur étant un chercheur turc respecté et un franc critique de la politique négationniste du gouvernement turc. Ne se satisfaisant nullement du fait que seuls deux Arméniens n’étaient pas d’accord avec mon assertion que les Arméniens devraient demander que justice soit faite, le Prof. Berktay a tenté de provoquer la réaction d’un plus grand nombre d’Arméniens contre moi : "Et où sont donc les voix arméniennes, les groupes, les organisations, etc., qui s’opposent haut et fort à lui [Sassounian] ?" a-t-il écrit. "Qui se dissocient catégoriquement de sa position des ’3-R’ et qui prennent ouvertement position contre cela ?“

Mr. Aslanian, dans un second email, a dit qu’il était d’accord avec le Prof. Berktay. "Il serait rassurant si davantage d’Arméniens, qui d’habitude restent SILENCIEUX sur les lignes de touches et qui sont complaisants, assumaient leurs responsabilités et disent au moins : ’PAS EN MON NOM’", a-t-il écrit.

Le Prof. Dennis Papazian a refusé de mordre à l’hameçon et, à la place, il a suggéré dans son message posté sur "armworkshop" qu’une conférence ait lieu sur ce sujet pour voir "les variations d’opinions entres les communautés turques et arméniennes."

Le Prof. Dalita Roger-Hacyan, de France, rappelle dans son message que "tous les Turcs n’ont pas peur des réparations. Une dame turque de cette liste mentionnait justice et compensations il n’y a pas si longtemps."

Le Prof. Ann Lousin, Chaire de la Commission des Projets de Recherches sur le Génocide de l’Association du Barreau Arménien, a écrit dans son message qu’elle désirait qu’Ankara révèle la vérité sur le génocide arménien dans les livres turcs. Elle voudrait que les églises et les monuments arméniens soient identifiés comme tels et que l’on accorde "des compensations" aux églises arméniennes. Elle dit : "De plus, il devrait exister un espace pour en débattre." Elle a également écrit qu’elle ne voulait pas de la maison que ses grands-parents possédaient à Sis, dans laquelle son père et ses frères et sœurs ont grandi. "J’aimerais être sûre que le cimetière arménien de cette ville, dans lequel mes ancêtres reposent en paix (je l’espère), est bien entretenu et n’est pas vandalisé, que le siège du Catholicos de la ville est reconnu comme tel, etc. Il y avait quatre églises arméniennes à Sis en 1910 — deux églises apostoliques, une protestante et une catholique. Je sais qu’il n’y a plus assez d’Arméniens dans cette ville, pour justifier leur rénovation et la reprise de leurs offices, mais j’aimerais que les édifices, s’ils sont encore debout, soient reconnus pour ce qu’ils sont," a-t-elle écrit.

Ragnar Naess, de sa Norvège lointaine, est venu défendre l’auteur de cet éditorial. Il a posté le message suivant sur "armworkshop“ : "Bien sûr, d’un point de vue d’éthique générale, les mots de M. Sassounian ne peuvent être contredits... Je dirais même que les gens assassinés, et dont les biens ont été volés il y a plus de 100 ans, devraient recevoir des compensations. C’est pourquoi je comprends que M. Sassounian, au nom d’une moralité générale, désire un processus global de justice concernant tous ceux dont des membres de leur famille ont été assassinés et dont les biens ont été volés, dans la période finale de l’Empire ottoman."

Le Prof. Ugurhan Berkok a posé une question très intéressante aux membres de "armworkshop“ : "Au-delà de la politique, de l’éthique et de la morale, j’ai quelques questions juridiques concernant la discussion sur les (3) RRR. Oublions un instant R1 [Reconnaissance] et concentrons-nous sur la loi. Selon les lois turques, les descendants des victimes ne peuvent-ils pas entamer des procès ? Après tout, la déportation est reconnue par la République de Turquie. Maintenant, adoptons R1. Aucune déclaration politique (légalement non contraignante) affirmant que ’des procès se seront pas intentés’ n’est crédible, car R1 autorisera légalement les descendants des victimes à intenter des procès. Par conséquent l’opinion de Sassounian est de fait la réalité, que l’intention existe ou non, parce qu’aucune organisation ne peut forcer les descendants à signer une promesse légalement contraignante de ’non revendication’. Donc, les 3R ne sont pas séparables juridiquement. N’ai-je pas raison ?“ Outre ces messages postés sur "armworkshop," de nombreux Arméniens du monde entier ont écrit à cet auteur pour exprimer leur accord avec ses vues. En voici quelques exemples :

Dikran Abrahamian (Canada) : "Ce que M. Sassounian présente dans son article est une plateforme — claire et concise. J’aimerais que nos entités politiques l’adoptent et commencent à y travailler sérieusement, et qu’elles n’éparpillent pas leur énergie, leur argent, et le grand nombre de volontaires, dans d’autres directions." Benon Sevan, ancien Sous-secrétaire général aux Nations Unies (Chypre) : "Je vous adresse du fond du coeur mes félicitations pour cet article qui met en évidence le réel problème et qui indique la direction vers laquelle nous devrions tous tendre, et ne pas simplement demander la reconnaissance du génocide.... Je profite de cette occasion pour vous exprimer ma sincère estime pour vos éditoriaux excellents et courageux."

Bagrad Nazarian (Londres) : "L’éditorial de Sassounian est un nouveau départ bienvenu ... Le gouvernement/l’État arménien doit formellement et réellement mobiliser la nation entière (Y COMPRIS LA DIASPORA dans les structures étatiques arméniennes) sur cette question, et parler et agir en son nom auprès des cours et tribunaux internationaux (La Hague, l’ONU, etc.). Pourquoi n’avons-nous pas, en tant que nation — Y COMPRIS LA DIASPORA — débattu de cette question à un niveau étatique impliquant la nation entière— y compris la diaspora — et pourquoi n’avons-nous pas défini sa position incontestable et réelle de jure, et pas simplement un souvenir et une reconnaissance internationale du génocide, très inappropriée et quasi dénuée de sens ?’ Le gouvernement/parlement arménien peut certainement mettre en place une Commission de Réparations pour le Génocide Arménien (dans le genre de la Commission de la Vérité et de la Réconciliation en Afrique du Sud, qui a mis fin à l’Apartheid avec succès) pour évaluer formellement et déterminer l’étendue et la nature de nos pertes, le rôle de la ’communauté internationale’/les Grandes Puissances, leurs promesses non tenues, et formuler la façon et les moyens d’appeler la Turquie à en répondre ? Le temps est vraiment venu d’arrêter (tant dans la diaspora qu’en Arménie) de traiter cette question nationale de la plus haute importance comme un sujet universitaire/de recherches pour divers départements universitaires ou une comme une question tactique et un gage en politique étrangère, une sorte de jeu international ’loves me loves me not’, peu importe que tel ou tel parlement reconnaisse le génocide !“

Mihran Keheyian (Londres) : "Je suis tout à fait d’accord avec l’analyse de M. Sassounian et sa stratégie concernant le génocide. Nous poursuivrons ce but en tant qu’Etat, peu importe le temps que cela prendra. Nous devrions également entreprendre des actions pour activer le Traité de Sèvres."

Maurice Kelechian (San Jose, CA) : "Sassounian a ouvert la boîte de Pandore ! Non seulement il fait trembler les bases turques, mais il secoue aussi les Arméniens qui semblent pris au piège de leur propre cage ou qui courent en boucles sans fin comme des hamsters à la poursuite de la reconnaissance du génocide arménien — au lieu de dicter la suite... Sa plume aiguisée perce le faux écran de la Turquie qui est toujours en train de cacher ou de déformer ce sujet tabou, oubliant comment son voisin, la puissante Union Soviétique, s’est désintégrée sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré ! Elle est tombée, car la vérité s’attaquait à ses fondations, et c’est exactement ce qu’il va arriver à la Turquie plutôt tôt que tard ... M. Sassounian est indirectement en train de créer une fusion de réalité turque et arménienne qu’aucune des deux n’apprécie. Son effort solitaire illumine la plus sombre demande de Justice ! Mais ma question reste celle-ci, pourquoi est-il le seul à s’être sorti de cette spirale sans fin, à être capable de l’analyser de façon réaliste avec distance et à définir l’image globale de la Justice ?“

David Boyajian (Newton, MA) : "L’éditorial de Sassounian démontre une fois de plus qu’il n’est pas seulement une fine plume — peut-être le meilleur auteur et journaliste d’investigation arménien américain aujourd’hui — mais également un leader d’opinion. Je suis d’accord avec lui, nous devons agir au-delà de la reconnaissance du génocide.’"

Il mérite d’être noté que pratiquement aucun Arménien, même parmi ceux de la liste des membres réconciliateurs d’armworkshop, n’a répondu positivement aux tentatives du Prof. Berktay d’inciter un grand nombre d’Arméniens à répudier l’éditorial de votre auteur, qui soulignait les demandes équitables des Arméniens en matière de restitutions et du retour de leurs terres usurpées.


©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN - 12 décembre 2007 - 08:20 - www.collectifvan.org

Vous pouvez lire aussi l'original, en anglais, de cet article ici


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