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      Lettre à l'Ambassadeur turc en France

Lettre à l'Ambassadeur turc en France   29/01/2007

Lettre à l'Ambassadeur turc en France

 

Monsieur l'Ambassadeur,

Ainsi donc, le journaliste Hrant Dink a été assassiné, le vendredi 19 janvier 2007. Ce crime nous a bouleversés. Le martyre de ce défenseur des droits de l'homme, de cet infatigable combattant de la réconciliation entre Arméniens et Turcs est à nos yeux exemplaire.

 Il désirait en effet aider ses concitoyens à reconnaître le crime qui pèse comme une chape de plomb sur la République turque : le génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens en 1915. En l'abattant, son assassin et ceux qui ont commandité le crime ont voulu anéantir le combat qu'il menait pour la vérité et la réconciliation. 

 Continuellement harcelé par la justice en vertu de l'article 301 du Code pénal qui permet à un tribunal de condamner à la prison toute personne qui s'oppose à l'identité turque, Hrant Dink avait épuisé toutes les voies de recours de la justice : il était allé en Cassation et allait entamer une démarche auprès de la Cour européenne des Droits de l'homme. Tout cela pour un délit d'opinion !

Comme en témoigne son dernier article, il était brisé par ce combat contre la justice de son pays. Il craignait en outre les menaces dont il était l'objet et les forces du "pouvoir profond" qu'il pourfendait. 

 Plus grave encore. 

 Hrant Dink avait demandé à être protégé auprès du Procureur de Şişli : pourquoi cette demande n'a-t-elle pas été suivie d'effet ? Pourtant, la justice turque savait  que sa vie était menacée ! La justice turque n'accordait donc aucun prix à la vie de Hrant Dink ?

 L'AKP,  parti au pouvoir en Turquie, a fait de l'adhésion à l'Europe le cœur de sa politique. Permettez-moi d'insister à ce propos : adhérer à l'Europe, c'est d'abord et avant tout adhérer à la démocratie. La démocratie se traduit par la primauté de l'État de droit, par des procès équitables, par la reconnaissance  aux journalistes et aux citoyens du droit de dire la vérité – surtout quand elle dérange – par le respect des droits des minorités religieuses et ethniques. Hrant Dink s'était tout particulièrement battu pour ce dernier point. 

 Les obsèques de Hrant Dink ont soulevé une grande émotion en Turquie. Des  milliers de  Turcs ont défilé en scandant "Nous sommes tous des Arméniens !" et c'est tout à leur honneur. C'est en effet à ma connaissance la première fois qu'un tel événement se produit en Turquie. 

 Je souhaite que l'émotion ainsi soulevée se traduise enfin dans les faits : reconnaître le génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens, génocide dénié en permanence jusqu'ici par les autorités de votre pays, quatre-vingt douze ans après les massacres ayant entraîné la mort de 1 500 000 personnes ! Une telle décision libérerait votre pays d'une sorte de névrose collective qui entrave son chemin vers la démocratie. L'autre décision serait d'assurer dans les faits le libre exercice de la liberté religieuse en Turquie. Privées de tous moyens, harcelées en permanence par la Direction des Affaires Religieuses, les minorités religieuses sont littéralement étranglées par le pouvoir de l'État.

 Ce sont deux conditions – douloureuses mais indispensables – pour que la Turquie prenne le chemin des droits de l'homme et de la démocratie.

 Avec mon émotion, recevez, Monsieur l'Ambassadeur, l'expression de ma considération.

 

Gérard Patrimonio
Président de CSI-France
29/01/2007

 

PJ Dernier article de Hrant Dink, "Comme un pigeon" et dernière interview avant sa mort.

 


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