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      La duplicité des Américains

La duplicité des Américains   7/08/2006

La duplicité des Américains

Roger AKL
La Lettre de l'ADL online,
7/8/2006

J'avais déjà, dans ma lettre "le général Aoun et l'espoir" (5/8/06), prévenu contre les discussions avec les émissaires américains, avant que les Etats-Unis n'acceptent les conditions libanaises. Messieurs Nabih Berry et Fouad Siniora ont accepté de recevoir le sous-secrétaire d'Etat, monsieur David Welsh, tandis que beaucoup d'autorités politiques et religieuses ont poursuivi leurs contacts "amicaux" et constants avec l'ambassadeur des Etats-Unis, qui n'arrête pas de faire des déclarations que la presse libanaise s'empresse de publier en détails. J'avais raison de m'inquiéter et de protester, car les dernières déclarations américaines à l'ONU ont montré que nous avons ainsi fourni aux alliés et fournisseurs d'armes des Israéliens, des moyens encore plus destructifs pour la cause du Liban.

En effet, on peut lire, dans le New York Times du 6/8/2006, que, malgré les protestations des envoyés du Liban et du Qatar à l'ONU, contre le projet de résolution franco-américain qui n'exige pas de l'agresseur israélien un cessez-le-feu immédiat, de rendre les prisonniers et de quitter le territoire libanais, jusqu'au delà de la ligne bleue, aussi immédiatement, un membre haut placé de l'administration Bush a fait cette remarque : "Ils ne devraient pas être surpris par ce que nous avons proposé aujourd'hui, car Washington a été en contact constant et intensif avec le gouvernement libanais". Cela veut dire quoi ? Les Libanais ont accepté d'entendre ce que les Américains préparaient, donc ils ont consenti.

Je sais que ce raisonnement est pour le moins boiteux. Mais cela n'empêchera pas les ignorants si nombreux en Occident, surtout en Amérique, de s'y accrocher. De plus, le fait que nos dirigeants aient accepté de recevoir les émissaires américains, sans conditions préalables, leur a permis cette duplicité et pourrait aussi leur faire décider des résolutions inacceptables, inapplicables et destructrices de l'unité libanaise, qui mettraient le Liban devant un fait accompli, dans lequel il se mettrait à dos l'ONU et par conséquent l'opinion internationale.

Désormais, nos chefs politiques devraient avoir appris leur leçon. Le Liban a déjà posé ses conditions pour un cessez-le-feu. Il a déjà payé suffisamment cher en vies humaines et en destructions le prix de l'agression israélienne. Il est sûr de son droit. Tout émissaire, surtout américain, qui n'accepte pas les conditions minima libanaises, ne devrait être reçu par aucune personnalité civile ou religieuse libanaise, avant d'avoir "montré patte blanche", c'est-à-dire accepté au moins les conditions libanaises d'un cessez-le-feu immédiat et d'un retrait israélien aussi immédiat des terres libanaises qu'il occupe, permettant aux Libanais chassés par la sauvagerie israélienne de revenir à leurs foyers, mêmes détruits. La condition du retour des déplacés à leurs foyers est d'une extrême importance, car la promiscuité est source de tous les maux et de tous les conflits, tandis que les réunions, de la part de nos hommes politiques et religieux, avec les Américains, peuvent entraîner des soupçons sur les vraies intentions des dirigeants libanais, soupçons qui finiraient par fêler la belle unité que les citoyens des différentes communautés ont montrée durant ces semaines de combat, rendant à l'ennemi coup pour coup. Nous devons donc tout faire pour protéger notre union.

"Car unis, nous sommes invincibles", a dit une de nos grands hommes d'Etat actuels, alors que le général Aoun et le Courant Patriotique Libre sont en train d'appliquer cette maxime sur le terrain. Le Liban a besoin de la formation immédiate d'un gouvernement d'union nationale dont ferait partie le CPL, pour que les propositions libanaises aient plus de poids en montrant au monde que les Libanais, surtout les chrétiens, sont tous unis derrière leur gouvernement. Il pourrait être formé en une nuit et avant la démission du présent gouvernement. Quand il y a la volonté, il y a le pouvoir.

Roger AKL

Ci-dessous une copie de la lettre du 5/8/06

Le général Aoun et l'espoir,

Plus je lisais les journaux libanais, sauf Addiyar, plus j'étais désespéré. " Ils s'accrochent, comme on dit chez nous, " aux cordes du vent ". Ils nous racontent ce que le roi Abdallah et le président Moubarak ont demandé à Bush. Comme s'il y avait quelque chose à attendre du roi Abdallah II de Jordanie et du président Moubarak. Comme si le président Bush les écoutait. Comme si ce dernier était notre ami. Les Libanais et surtout certains de nos dirigeants politiques et religieux ne réalisent pas que nous sommes en guerre et que tous les pays qui aident l'agresseur sont nos ennemis, à commencer par les Etats-Unis, à continuer par la Grande Bretagne. Quant à la France, il y a un point d'interrogation énorme à son sujet. Je viens de lire que nous allons recevoir l'adjoint de la secrétaire d'Etat David Welsh. Que vient-il faire ? Qu'avons-nous à lui demander ? Un refus de le recevoir est une réponse assez claire de ce qu'ils ont à faire. Avons-nous oublié que l'Amérique continue à fournir des armes à Israël pour nous détruire ? Que montrent nos réceptions à l'ambassadeur US et aux autres fonctionnaires de l'administration américaine ? Elles montrent que ceux qui les reçoivent sont idiots, lâches ou traîtres. Le plus dérangeant est que nos journaux publient en grandes manchettes leurs déclarations et leurs boycotts de certains de nos dirigeants. Mais, c'est un honneur pour tout Libanais d'être boycotté par les amis de nos ennemis et sponsors de leur agression contre nous, car cela montre que ces dirigeants libanais sont de vrais patriotes qui ne se laissent pas influencer par les sirènes et les promesses de nos ennemis. Le poète arabe a dit : "si l'insulte me vient de la part d'un demeuré, elle est la preuve que je suis parfait". Et si la visite me venait de la part de l'allié de l'ennemi de ma patrie et que je le recevais, elle est la preuve de quoi ? Pour moi, elle est la preuve que je complote contre mon pays.

On nous raconte aussi que les projets de résolution vont sortir demain, après-demain, dans une semaine, dans un mois, " à Pâques ou à la Trinité ". "S'il devait pleuvoir, il y aurait eu des nuages", dit-on chez nous. D'ailleurs quel genre de pluie attendons-nous d'un conseil de sécurité tout à la solde d'Israël et des Etats-Unis, un pluie d'acide sulfurique ? Qu'attendons-nous des Etats qui ont concocté la résolution 1559 du conseil de sécurité que nous savons maintenant inapplicable et nuisible, car elle nous enfoncerait certainement dans la guerre civile si elle était appliquée. Cette résolution prévoyait le désarmement du Hezbollah par l'armée libanaise. Cela fait quatre semaines qu'Israël essaie. Il n'a réussi avec ses armes ultramodernes, son aviation, ses chars, ses missiles, ses corvettes, qu'à détruire le Liban, son infrastructure, ses routes, ses villages, ses villes et massacrer ses habitants. Quant aux "prisonniers" qu'il aurait faits à Baalbeck, ils ressemblent à ce pauvre berger de quatorze ans qu'ils ont relâché après avoir découvert combien ils étaient imbéciles. Comment l'armée libanaise à moitié chiite aurait-elle pu obéir à la résolution 1559 et désarmer le Hezbollah et d'ailleurs dans quel but, désarmer totalement le Liban face à Israël, alors qu'il occupe nos territoires et viole nos espaces tous les jours ? Aurions-nous voulu une vie d'esclave ? aurions-nous été " libérés " de la Syrie pour être asservis par Israël ?

Ces grandes puissances "amies" le savaient. Elles cherchaient donc à nous détruire par cette résolution. A cause de cela, on pourrait les soupçonner d'avoir fait assassiner ou laissé assassiner le Président du Conseil Rafic Hariri, parce qu'il aurait refusé d'appliquer leur plan. Il aurait ainsi mérité son titre de "martyr" du Liban. En ce cas, son fils serait devenu l'ami et le protégé des alliés des assassins de son père et des agresseurs de son pays. Réveillez-vous, Saad. Réveillez-vous, Siniora. Réveillez-vous 14 mars. A moins que vous n'ayez peur d'eux. Car votre somnolence est suspecte.

Quant à nous. Nous ne voulons plus rien ni des Américains, ni des Anglais, ni des Arabes, ni même des dirigeants français (bien que nous sachions que le peuple de France est toujours notre ami). Qu'avons-nous donc à perdre ? Que peuvent-ils nous apporter, quelques bouts de pain et de viande ? Nous ne sommes pas des mendiants. Nous sommes des combattants, prêts à gagner ou mourir et à défendre notre honneur et celui des Arabes déjà déshonorés par leurs dirigeants.

Cet honneur aujourd'hui est celui de tous les Libanais, celui du Hezbollah et celui de ceux qui se sont rangés dès le début à ses côtés, surtout le général Aoun, qui avait vu et emprunté la seule voie de salut, dans l'unité du Liban. Grâce à lui, il n'y aura pas de guerre confessionnelle, surtout pas de guerre entre les chrétiens et les chiites, car il leur a montré qui est le vrai ennemi et quel chemin il faut prendre pour le battre, le chemin du sacrifice.

Espérons que le chef de la majorité, Saad Hariri, apprendra la leçon pour enfin comprendre que le salut du Liban passe par son unité et l'entente sans arrière-pensées entre les trois grandes communautés du pays. Une chaise a besoin de trois pieds au moins pour tenir debout et le Liban uni ne mourra jamais et battra tous ses ennemis.

 


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