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      La leçon du grand Liban au petit monde arabe

La leçon du grand Liban au petit monde arabe   7/08/2006

La leçon du grand Liban au petit monde arabe

Par K. Selim, 
Le Quotidien d'Oran, 6 août 2006


Des ministres arabes à Beyrouth ? Trop tard, vraiment trop tard ! Après 27 jours de destructions massives autorisées par les Etats-Unis, qu'auront-ils à dire aux Libanais qui se sentent si profondément trahis ? Viendront-ils soutenir le projet franco-américain de " cessation des hostilités " qui accorde à Israël le droit de se défendre " s'il est attaqué " ? Oseront-ils dire clairement, pour une fois, qu'Israël est l'agresseur et que les Etats-Unis sont directement responsables des morts et des destructions subies par les Libanais durant ces dernières semaines ? Certains de ces Etats arabes prendront-ils acte qu'en escomptant une liquidation rapide de la résistance libanaise, ils ont fait des calculs aussi faux que ceux d'Israël et de Washington ?

Car, c'est un constat, la résistance libanaise n'a pas été vaincue par la machine militaire israélo-américaine. Les attaques criminelles contre les civils et les infrastructures ont été une " compensation " à l'échec militaire face aux combattants et visent à arracher une victoire politique qui n'a pas été obtenue par les bombes américaines intelligentes.

Après tant de morts, de souffrances et de destructions subies par les Libanais, la seule utilité des ministres arabes à Beyrouth serait de refuser d'accorder des gains politiques aux crimes d'Israël. Le seul acte d'honneur qui compenserait un tant soit peu l'abandon du Liban par les Etats arabes durant ces longs jours de feu serait qu'ils rendent à l'unisson hommage à son endurance et à ses résistants.

Qu'ils n'agitent surtout pas les dollars pour la reconstruction du Liban, car l'enjeu est beaucoup plus important. Les quatre semaines de massacres contre les civils donnent une idée suffisamment claire du caractère sinistre du projet de " nouveau Moyen-Orient " de l'Administration américaine. La soumission à la volonté américaine n'est pas une fatalité et les Etats arabes ont suffisamment de marge pour agir. Ce qui manque, c'est la volonté et cette crainte pathologique pour le pouvoir. Ils pourraient commencer par laisser leurs citoyens dire librement leur immense dégoût de la politique américaine.

Rassurons-les. Nos régimes n'ont rien à craindre de leurs populations, car elles sont depuis très longtemps imperméables aux fallacieux discours sur la démocratie et les droits de l'homme des Américains. Ni le GMO ni le NMO ne peuvent faire oublier les corps disloqués des enfants de Qana et de Ghaza. Si nos ministres se rendent à Beyrouth pour applaudir aux résultats des négociations franco-américaines à l'Onu, leur présence sera inutile. Elle ne servirait dans ces conditions qu'à miner un front intérieur libanais qui a remarquablement tenu. Les officiels arabes ne doivent surtout pas oublier que l'écrasante majorité des Libanais, toutes confessions confondues, et malgré les terribles épreuves, ressentent une légitime fierté. Leur résistance a tenu là où les armées régulières ont constamment échoué. C'est sans doute là le plus précieux enseignement que nous donne ce grand Liban qui résiste.

Nos armées, telles qu'elles existent, sont incapables de faire face à une agression d'un ennemi disposant de la supériorité technologique. Il ne s'agit pas de décréter l'inutilité des armées, mais celles-ci, tant que nos pays ne sont pas producteurs des technologies, se doivent de penser la sécurité nationale en terme d'asymétrie des moyens. La résistance du Hezbollah devrait être une source de réflexion dans toutes les académies militaires. Car la défense de nos pays ne doit pas se fonder sur le postulat, absolument erroné, que les Etats-Unis sont des amis, alors que carte en main, ils s'emploient à redessiner la géographie humaine et territoriale du monde arabe.


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