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      Armenak Yekarian héros de Van

Armenak Yekarian héros de Van   15/08/2005

Armenak Yekarian héros de Van

Par Jean V. Guréghian

L’ADL, par ses racines qui remontent au mouvement Armenakan, s’enorgueille de personnalités telles que : Mkrtitch Avetissian (le fondateur avec Khrimian Haïrik), Armenak Yekarian, Mkrtitch Portukalian, Sepouh, Artak Darpinian, Chikaher, Panos Terlemezian, Hovhannes Kuloghliian, Michaël Natanian, et les autres.

Un récent article intitulé L’un des héros arméniens Armenak Yekarian, concernant aussi la défense héroïque de Van de 1915, a paru dans Nor Achkhar et Abaka. Il est signé par l’académicien V. Harutiunian (né à Van en 1909, et qui fut mon professeur à Polytechnique). J’ai connu aussi le fils de Yekarian, rapatrié d’Egypte, lorsque nous habitions en Arménie. Tout ceci m’a inspiré à écrire ces quelques lignes.

Armenak Yekarian
Armenak Yekarian

 

N’oublions pas que par deux fois consécutives, en 1896 et en 1915, la population de Van opposa une résistance héroïque aux troupes régulières turques et aux bandes armées kurdes venues les massacrer. Par deux fois les habitants de la ville (ainsi qu’une bonne partie des habitants des villages avoisinants venus se réfugier en ville) échappèrent à une mort programmée.

A. Yekarian est né à Van en 1870. Il entra dans les rangs des Armenakans dès 1888. Ce turbulent jeune homme reçu ses premières éducations militaires au camp du monastère de Varagavank organisé en secret pour les jeunes Armenakan. Pendant les massacres de la région, en 1896, il fut chargé de procurer des armes depuis l’Iran pour organiser l’autodéfense de la ville. Emprisonné avec 40 de ses camarades puis relâché, il revint à Van et prit le commandement de l’autodéfense à la place de M. Avetissian traîtreusement assassiné avec 800 combattants désarmés, qui avaient fait confiance aux officiers turcs et aux Anglais. Par la suite, recherché par les Turcs, il se réfugia à Ourmia en Iran, puis revint à Van après la révolution jeune turque de 1908.

En 1915, au début du mois d’avril, le sanguinaire vali de Van, Djevdet pacha, piégea et assassina séparément les chefs dachnaks Ichkhan et Vramian (député au Parlement). Par miracle Aram Manoukian ne se présenta pas à la prétendue rencontre amicale et échappa à la mort. Mais Aram, totalement effondré après la mort de ses camarades, confiera l’organisation de l’autodéfense à Armenak. Grâce à une bonne entente entre les partis, les notables et les religieux, s’organisa une nouvelle fois l’autodéfense de la ville. Un corps militaire fut constitué et Yekarian en prit le commandement.

Voici, d’après les propres mémoires de Yekarian, la totalité des armes que possédaient les Arméniens.

Les ramkavars : 141 fusils, 145 revolvers; les dachnaks : 133 fusils, 150 revolvers; les Hentchaks : 8 fusils, 7 revolvers; les neutres : 18 fusils, 23 revolvers. Ce qui fait un total dérisoire de 625 armes à feu, avec une quantité très limitée de munitions, pour… 1053 combattants ! En face, l’armée régulière disposaient de 12 000 soldats, de quelques dizaines de canons, dont plusieurs redoutables canons allemands Krups, sans compter les milliers de Kurdes armés jusqu’aux dents.

V. Harutiunian écrit : " … Peut-être que dans l’histoire mondiale des guerres, cette bataille bat tous les records de déséquilibre entre les adversaires ".

La ville comptait normalement 23 000 habitants arméniens, mais avec l’afflux des réfugiés de la région, fuyant les massacres perpétués par l’armée ottomane et les hordes kurdes, la population avoisinait les 70 000 âmes. Une véritable organisation se mit en place et femmes, enfants et vieillards y participaient aussi. Il y avait un immense atelier où l’on réparait les armes et fabriquait les munitions. On y fabriqua même… deux canons ! Il y avait aussi un centre de soins, un atelier de vêtements et un centre de ravitaillement. On créa même un tribunal.

Les Turcs attaquèrent la ville le 7 avril. Malgré les assauts et la pluie quotidienne d’obus, l’ennemi n’arriva pas à percer les lignes de défense arméniennes. La tentative d’attaque nocturne, dirigée par les officiers allemands, échoua également. De nombreuses médailles d’honneur furent distribuées pour des actes de bravoure qui seraient trop long d’énumérer.

Après un mois de combats acharnés, avec quelques 16 000 obus envoyés sur la ville, les hostilités cessèrent le 6 mai, avec l’arrivée in extremis des troupes russes, précédées des volontaires arméniens.

Les Arméniens fêtèrent la victoire et mirent en place un gouvernement provisoire, avec Aram Manoukian à sa tête. Armenak Yekarian devint chef de la police.

Mais l’euphorie de la victoire ne dura malheureusement que 70 jours. Les raisons restent obscures, mais toujours est-il que les Russes décidèrent la retraite générale et les quelques 150 000 Arméniens de la région furent contraints de se réfugier précipitamment en Arménie russe, laissant tous leurs biens derrière eux, laissant aussi les malades, les vieillards et tous ceux qui étaient incapables de marcher quelque 250 kms à travers les montagnes (que les Turcs massacrèrent jusqu’au dernier quelques jours plus tard). Nombreux furent aussi ceux qui se firent abattre, comme des lapins, par les tireurs Kurdes embusqués sur le passage des convois des réfugiés, notamment dans la vallée de Berkri. Malgré cela, la grande majorité des réfugiés arriva saine et sauve à destination.

Les Russes ne reprirent leur offensive en Arménie qu’au printemps 1916. Ils occuperont rapidement les villayets d’Erzeroum, de Van, de Trébizonde et de Bitlis. Mais les Arméniens n’étaient plus là car le génocide était déjà bien entamé. Lorsqu’ils arrivèrent à Mouch et à Sassoun, avec encore une fois les volontaires arméniens en première ligne, cette fois les résistances de ces villes avaient été complètement écrasées depuis longtemps. Il ne restait que quelques milliers de survivants cachés dans les montagnes du Sassoun et dans les marécages de Mouch.

Certains Vanetsis retourneront s’installer à Van, mais avec la révolution de 1917, les Russes quitteront définitivement l’Arménie et abandonneront les Arméniens à leur sort. Andranik et ses combattants résisteront encore plusieurs mois, tant bien que mal, face à l’armée turque, puis se replieront et organiseront, au printemps 1918, l’évacuation des survivants vers le Caucase.

Parallèlement, Yekarian dirigera la section des combattants de Van et mènera à bien la seconde retraite des Vanetsis. Plus tard, en 1920, il ira en Cilicie pour aider les Arméniens de Hadjen, encerclés depuis huit mois par les forces de Kemal. Il réussira à faire évacuer une partie des civiles rescapés.

En 1922, il émigrera, avec sa famille au Caire, où il mourra en 1925. Sa famille émigrera en Arménie Soviétique en 1947.

L’autodéfense de Van de 1915 s’inscrit parmi les épisodes les plus héroïques de l’histoire du peuple arménien.

V. Harutiunian écrit, entre autres : "… Les Vanetsis-Vaspourakantsis se souviendront toujours de celui qui conduisit l’autodéfense de Van à la victoire. Par son parcours héroïque, Armenak Yekarian tient une place honorable dans l’histoire. Même tardivement, il mériterait le titre de Sparapet (chef suprême militaire arménien). "

Cette année, c’est le 80e anniversaire de la mort de… Armenak Yekarian héros de Van.

(c) Article paru dans La Lettre de l'ADL N°38, juillet-aout 2005


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