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      Lettre de l'Europe de la Mémoire à l'AFP

Lettre de l'Europe de la Mémoire à l'AFP   24/08/2005

EUROPE DE LA MEMOIRE
Le Président

           Monsieur Bertrand EVENO
           Président de l’Agence France Presse
           13 Place de la Bourse
           75002 PARIS

Paris, le 24 août 2005

Monsieur le Président,

Dans la dépêche AFP de ce jour, relative à " la conférence sur la question arménienne en septembre à Istanbul ", je relève une nouvelle fois que la conclusion ne tient pas compte de la loi du 29 janvier 2001 portant sur la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915 et tout au contraire, présente obstinément deux versions des faits.

En effet, votre dépêche indique : " les Arméniens affirment que jusqu’à 1,5 millions des leurs ont péri lors de massacres orchestrés par l’empire ottoman, auquel a succédé la République turque. Ankara soutient que 300.000 Arméniens et au moins autant de Turcs ont été tués au cours de troubles suscités par le soulèvement des Arméniens, qui ont fait cause commune avec les armées russes en guerre contre l’empire ottoman, et lors d’une déportation vers la province ottomane de la Syrie qui a suivi cette sédition ".

Une telle présentation avec une version arménienne et une version turque est très choquante et doit être condamnée en tant que telle. Il n’est pas acceptable que la réalité des faits soit relatée de cette façon légère et faisant, de plus, une place à ce que soutiennent les autorités turques dans leur politique de négation officielle.

Cette attitude que vos services ont adoptés depuis déjà plusieurs années n’est donc pas compréhensible connaissant bien par ailleurs votre politique d’objectivité et de recherche de la vérité. Comment l’Agence pourrait-elle servir de tribune, voire de plate-forme à des thèses négationnistes et laisser se propager l’idée qu’entre deux versions, les choses ne seraient pas si évidentes que cela ? Je me permets donc d’appeler votre attention sur le caractère inadmissible de ce genre de conclusion et par ailleurs, rappelle sa totale contravention avec la loi précédemment citée et votée à l’unanimité par la représentation nationale..

Les dépêches de l’AFP qui contiennent cette conclusion constituent ainsi une véritable atteinte à la dignité de tout un peuple et jettent un trouble et une douleur morale à tous ceux qui en sont solidaires et qui sont chargés de maintenir, de développer et de transmettre la mémoire de ce génocide. Cela d’autant plus qu’avec cette loi et toutes les dispositions en Europe ou ailleurs, le souvenir et l’attention historique triomphent désormais de décennies de silence et de complicité avec un Etat, encore aujourd’hui, négationniste.

C’est pourquoi, il me paraît hautement souhaitable que des dispositions soient prises concernant les dépêches de l’Agence France Presse et que cesse cette présentation offensante, et contraire à la réalité, à l’objectivité et aussi et surtout à l’éthique qui conviennent. Lorsqu’on évoque un génocide qui a eu lieu, on ne saurait, me semble-t-il, donner des versions des coupables et faire subsister le doute, ou alors il y aurait des raisons que l’Agence aurait et qui échapperaient bien évidemment à tous nos concitoyens qui nous font part de leur incompréhension et de leur indignation.

Par conséquent, je vous serais extrêmement reconnaissant de bien vouloir prendre toutes les mesures nécessaires afin qu’à l’instar de tous les medias français et européens, mais aussi d’autres pays et notamment des Etats-Unis (New York Times), cette mémoire collective et universelle qui n’est pas une version arménienne de l’histoire, mais tout simplement la vérité historique, ne soit plus bafouée.

Je vous remercie pour toute l’attention que vous voudrez bien porter à la présente et dans l’attente de vous lire, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Alexis GOVCIYAN


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