Retour à la page d'accueilPlan du site


  

      La justice turque insiste sur l'arrestation de Dogan Özgüden

La justice turque insiste sur l'arrestation de Dogan Özgüden   24/06/2005

Malgré la modification cosmétique du Code pénal turc

La justice turque insiste sur l'arrestation de Dogan Özgüden,
rédacteur en chef d'Info-Türk


Malgré la dernière modification du code pénal turc, fort appréciée par les instances européennes, les journalistes sont toujours jugés sous menace d'arrestation et d'emprisonnement en raison de leurs critiques à l'égard des généraux putschistes. Après une suspension de six mois dans l'attente de la modification du CPT, le procès contre deux journalistes, Dogan Özgüden et Emin Karaca, a redémarré le mercredi 22 juin devant le tribunal pénal de première instance N°2 d'Istanbul.

A cette nouvelle audience, le procureur de la République a réclamé une peine de prison allant jusqu'à 2 ans contre Emin Karaca en vertu de l'article 301/2 du nouveau code pénal turc (remplaçant l'article 159/1 de l'ancien code pénal turc).

Le procureur a également demandé que le procès contre Dogan Özgüden, exilé en Belgique, soit séparé jusqu'à son arrestation en cas de retour au pays afin que le procès contre Karaca puisse se poursuivre séparément.

Le tribunal a ainsi décidé de séparer le dossier d'Özgüden jusqu'à son arrestation et a reporté le procès de Karaca au 13 septembre 2005.

Le tribunal avait délivré le 27 septembre 2002 à tous les postes-frontières un mandat d'arrêt pour qu'Özgüden soit déféré immédiatement à la justice dès qu'il rentrera en Turquie. Jusqu'ici, ce mandat d'arrêt a été renouvelé cinq fois par le même tribunal. Dogan Özgüden, rédacteur en chef d'Info-Türk et président de l'asbl Ateliers du Soleil à Bruxelles, a refusé de se soumettre à la justice turque.

Un des plus anciens journalistes de la Turquie, Dogan Özgüden, et le journaliste Emin Karaca ont été inculpés pour les articles qu'ils avaient écrit pour la revue Türkiye'de ve Avrupa'da Yazin (Littérature en Turquie et en Europe), à l'occasion du 30e anniversaire de l'exécution de trois leaders de la jeunesse progressiste. Ils sont accusés d'avoir insulté l'Armée.

Dogan Özgüden, dans son article intitulé "Après 30 ans", critiquait la position que l'Armée turque avait prise à la fin des années 60 en faveur des classes dominantes contre la classe ouvrière et la jeunesse progressiste. Il soulignait que les leaders de la jeunesse progressiste ont été pris comme la cible principale de la terreur militaire dès qu'ils avaient manifesté leur opposition à cette nouvelle prise de position de l'armée. "C'est la raison pour laquelle l'Armée fit exécuter trois leaders de la jeunesse, Deniz Gezmis, Yusuf Arslan et Hüseyin Inan. Un autre leader de la jeunesse progressiste, Mahir Cayan, et ses camarades ont été tués par bombes et par balles pour la même raison. Cette position répressive de l'Armée s'est poursuivie dans les années 80 et 90, et même après l'an 2000."

Une vie de journaliste pleine de poursuites judiciaires

Dogan Özgüden, 69 ans, a commencé ses activités professionnelles le 9 septembre 1952 à Izmir. Après avoir travaillé pour les journaux Ege Günesi, Sabah Postasi, Öncü, Gece Postasi, Sosyal Adalet à Izmir, Ankara et Istanbul, il a été le rédacteur en chef et l'éditorialiste du plus grand quotidien de gauche Aksam (1964-66) et de la revue socialiste Ant (1967-71).

Özgüden et son épouse, Inci Tugsavul, ont été inculpés dans plus de 50 procès d'opinion pour les articles qu'ils ont écrits ou publiés dans la revue Ant. Menacés d'un total de 300 ans de prison, ils ont dû quitter la Turquie après le coup d'état militaire de 1971.

Depuis 1974, ils dirigent à Bruxelles l'agence de presse Info-Türk qui informe l'opinion publique de la situation des droits de l'homme en Turquie: http://www.info-turk.be  Ils sont également parmi les fondateurs et dirigeants de l'asbl Ateliers du Soleil:  http://www.ateliersdusoleil.be

Özgüden et Tugsavul, comme plus de 200 autres opposants du régime en exil, ont été privés de la nationalité turque en 1982 en raison de leurs critiques vis-à-vis de la junte militaire. Bien que cette décision ait été annulée dix ans plus tard, le ministère des affaires étrangères n'a jamais répondu à la demande qu'on leur délivre une garantie écrite qu'en cas de retour, ils ne seraient ni inculpés ni emprisonnés pour les accusations portées contre eux par le même ministère devant la Commission européenne des droits de l'homme.

Un des anciens dirigeants de l'Association des Journalistes, du Syndicat des Journalistes et du Conseil de l'étique de la presse en Turquie, Özgüden est actuellement membre de l'Association des Journalistes de Turquie (TGC), l'Association des journalistes professionnels de Belgique (AGJPB), le Centre bruxellois d'action interculturelle (CBAI), de la Ligue belge des droits de l'Homme (LDDH) et du Mouvement contre le racisme et de la xénophobie (MRAX)

Özgüden est l'auteur de plusieurs livres, notamment Sur le fascisme (1965, Istanbul), Sur le capitalisme (1966, Istanbul), Le dossier sur la Turquie (1972, France), Le fascisme et la résistance en Turquie (1973, Pays-Bas), Les médias et les immigrés turcs (Belgique, 1983), Le portrait de l'immigration turque (Belgique, 1984), Le livre noir sur la "démocratie" militariste en Turquie (Belgique, 1986), L'extrême-droite en Turquie (Belgique, 1988).

Les protestations internationales sans résultat

L'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe avait, lors de sa séance plénière du 28 janvier 2003, adopté une recommandation sur la liberté d'expression dans les médias en Europe. Après avoir constaté qu'"il continue d'y avoir des poursuites pénales à l'encontre de journalistes en Turquie", l'instance parlementaire européenne donnait comme exemple le procès intenté contre Özgüden et ses deux collègues en Turquie.

D'autre part, Reporters sans frontières (RSF) avaient immédiatement protesté contre l'inculpation de trois journalistes. "Si ces journalistes sont condamnés pour insulte à l'armée, la Turquie trahira les engagements qu'elle a pris envers l'Union européenne", avait déclaré Robert Ménard, secrétaire général de RSF, dans une lettre adressée au ministre turc de la Justice.

Réagissant contre l'inculpation d'Özgüden en Turquie, la Secrétaire nationale de l'Association Générale des journalistes professionnels de Belgique (AGJPB), Mme Martine Simonis, avait envoyé un message de protestation au ministre turc de la Justice et à M. Louis Michel, ministre belge des affaires étrangères.

De sa part, le Centre bruxellois d'action interculturelle (CBAI), avait manifesté "son inquiétude et son mécontentement de voir l'un de ses membres fondateurs, Dogan Özgüden, poursuivi par la justice turque en raison de ses articles", tout en rappelant qu'Özgüden "a largement contribué à ce qu'est aujourd'hui le CBAI, apportant un éclairage précis et compétent sur les réalités vécues par la communauté turque de Belgique mais aussi celles vécues en Turquie et jouant efficacement son rôle de passeur de cultures entre la société belge et la population turque vivant dans notre pays."

M. Louis Michel avait répondu à la lettre de Mme Simonis le 23 janvier 2003 en ces termes: "Je partage entièrement votre inquiétude et je regrette de constater que la Turquie mène encore des procès contre la liberté d'expression. Selon les informations recueillies par mes services, le risque d'incarcération est limité pour l'intéressé, étant donné qu'il n'y a pas eu de mandat d'arrêt international lancé contre lui dans l'affaire pendante. Mais le risque subsiste sans doute pour des affaires antérieures. J'ai demandé à notre ambassadeur à Ankara de suivre de près le cas spécifique de Monsieur Özgüden."

Déjà près de trois ans se sont écoulés depuis l'ouverture de ce procès scandaleux en Turquie. Malgré la protestation des organisations européennes et l'intervention du ministre des affaires étrangères belge, les autorités juridiques et gouvernementales de Turquie font toujours la sourde oreille…


http://www.info-turk.be



Retour...

© 2010 - La Lettre de l'ADL
Accueil - Nouvelles - Tribune - Contact - Liens favoris