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      LES VERTS ADOPTENT LE DISCOURS DE LA TURQUIE

LES VERTS ADOPTENT LE DISCOURS DE LA TURQUIE   13/04/2005

PE : CONFERENCE SUR LES ARMENIENS DE TURQUIE

LES VERTS ADOPTENT LE DISCOURS DE LA TURQUIE


Strasbourg, France - Une réunion intitulée "Les Arméniens en Turquie" s'est
déroulée ce mardi 12 avril au Parlement européen à Strasbourg, à
l'initiative de M. Cem Özdemir (Verts, Allemagne). Trois intervenants
étaient invités à s'exprimer, devant une cinquantaine de participants, lors
de cette réunion placée sous l'égide des Verts, mais bénéficiant de tout
l'appui logistique des services diplomatiques turcs : M. Taner Akçam,
historien et ex-dissident turc ayant traité de la question du génocide, M.
Etyen Mahçupyan, Arménien de Turquie et journaliste au quotidien Zaman et M.
Hrant Dink, rédacteur en chef d'Agos, un hebdomadaire arménien de Turquie.

La Fédération Euro-Arménienne avait au préalable mis en garde les
parlementaires européens sur les risques de manipulation inhérents à ce type
de spectacle, où des membres d'une minorité otage seraient contraints de
prôner l'adhésion de la Turquie à l'Europe comme solution à leurs problèmes,
tout en évitant d'aborder les questions taboues.
Comme pour confirmer ces craintes, M. Özdemir est parvenu, lors de son
introduction du sujet de la conférence, à éviter le terme de génocide
reprenant en cela la présentation donnée par l'invitation imprimée qui
esquivait également ce terme en le présentant comme une "interprétation
historique".

Dans son intervention centrée sur les preuves documentées du génocide, M.
Akçam a démontré de manière accablante la formidable entreprise de
falsification et d'invention d'archives par la Turquie. Il a réfuté les
prétendues incohérences entre  les archives occidentales et turques en
expliquant clairement que ces dernières avaient été expurgées et même
fabriquées. Il a conclu en notant que ceux qui s'aventuraient à vouloir
consulter ces archives étaient quand bien même soumis à des menaces.

M. Mahçupyan a pour sa part stigmatisé l'emploi du terme "génocide" comme
signifiant juridique et comme blocage à tout dialogue. Il a mis l'accent sur
le rapport de devoir et de soumission entre l'Etat et le citoyen en Turquie.
Tout en soulignant la continuité idéologique entre les responsables du
Génocide et l'Etat kémaliste, il a renvoyé dos à dos Turcs et Arméniens pour
lesquels "la défense de l'identité devient l'identité". Il a conclu par la
dialectique turque selon laquelle il y aurait deux approches de cette
question, l'approche arménienne et l'approche turque.

M. Dink enfin, a avancé que c'était "beaucoup attendre que de demander à
cette société de définir et de nommer ce qui s'est déroulé il y a 90 ans" et
qu'il valait mieux se demander si "cette société nie ce qu'elle sait ou si
elle ne peut défendre ce qu'elle ne sait pas". N'hésitant pas à parler
d'ouverture en évoquant les propositions turques de commission d'historiens,
M. Dink a cependant précisé que "les relations arméno-turques ne se limitent
pas à l'Histoire" et que "le dossier politique doit primer sur le dossier
historique". Absolvant l'Etat turc, il a finalement conclu à la
responsabilité "écrasante" des Européens sur la question du Génocide en les
assignant de reconstruire les relations arméno-turques à tous les niveaux.

"Les discours des deux représentants de la minorité arménienne de Turquie
brillaient par leur ambiguïté et leur incohérence. Comme nous pouvions le
craindre, ces personnes mues par une peur viscérale s'autocensurent tant au
niveau des idées qu'au niveau de la terminologie" a noté Laurent Leylekian,
le directeur de la Fédération Euro-Arménienne. "Leurs propos tournaient
autour du problème central du génocide en l'évitant à tout prix" a-t-il
ajouté.

En vérité cette conférence n'avait absolument pas pour objectif de faire
progresser la reconnaissance du génocide par Ankara, ni même d'alléger le
sort des Arméniens de Turquie" a constaté Laurent Leylekian. "Comme
l'annonçait explicitement l'invitation il s'agissait plutôt de trouver des
solutions, c'est-à-dire des décharges, à cet obstacle majeur à son
intégration à l'Union européenne qu'est le négationnisme d'Etat de la
Turquie." a-t-il continué.

"Cette conférence se situait dans la droite ligne de la stratégie turque,
visant à exclure cette question du champ des relations internationales en la
centrant sur des controverses de détail et en la réduisant à une question
propres aux sociétés arméniennes et turques" a précisé Laurent Leylekian.
"Ce qui est nouveau, c'est qu'Ankara essaie maintenant d'opposer les
'mauvais' Arméniens de diaspora aux 'bons' Arméniens de Turquie en faisant
de ces derniers les instruments de sa politique. Néanmoins, les censures et
les limites de ces otages n'échappent à personne" a expliqué le directeur de
la Fédération Euro-Arménienne.

"Les Européens ne doivent pas tomber dans ce piège comme ils sont tombés il
y a quelques années dans le piège des pseudo réconciliations sans
reconnaissance. La situation est claire : la Turquie a commis un crime
imprescriptible, le génocide des Arméniens, et elle doit assumer cette
responsabilité par une reconnaissance pleine et entière pour se conformer
aux principes de l'Union européenne. Le négationnisme aujourd'hui comme le
génocide hier ne signifient rien d'autre que le rejet des valeurs
européennes" a estimé Laurent Leylekian.

"Provenant du groupe des Verts, qui met depuis des années toute son énergie
à lutter contre la tendance naturelle du Parlement européen à appeler la
Turquie à ses responsabilités, cette initiative apparaît au grand jour comme
une tentative de diversion inspirée par l'Etat turc " a-t-il conclu.


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