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      La capitulation du sommet européen face aux chantages d'Erdogan

La capitulation du sommet européen face aux chantages d'Erdogan   20/12/2004

La capitulation du sommet européen face aux chantages d'Erdogan

L'Union européenne et la Turquie ont lancé officiellement vendredi à Bruxelles le processus controversé d'une adhésion d'Ankara qui étendrait l'UE de l'Irlande à la frontière irakienne et pourrait intervenir vers 2015. Après un dernier marathon de réunions bilatérales ou en petit comité autour du président du Conseil européen, le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, et du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, les 25 dirigeants de l'UE ont entériné dans l'après-midi un accord global sur les négociations d'adhésion avec la Turquie à partir du 3 octobre 2005.

Il est regrettable que les questions de droits de l'Homme --la torture persistante, l'émancipation des femmes, la question kurde ou la reconnaissance du génocide des Arméniens-- n'aient pas même été évoquées lors du sommet qui s'est déroulé sous les chantages et menaces du premier ministre turc Erdogan.

Or, depuis deux semaines, Info-Türk et plusieurs ONGs rappelaient aux dirigeants européens la violation continuelle des droits de l'Homme dans ce pays candidat. Malgré cela, le Sommet européen a déclaré que la Turquie a bel et bien rempli ces engagements relatifs aux critères de Copenhague.

De plus, alors que l'Armée turque continuait à occuper le nord de Chypre, le Sommet européen s'est soumis à l'arrogance et l'agressivité d'Erdogan relatives à la non-reconnaissance de la République de Chypre par la Turquie!

"Ce n'est pas une négociation, c'est une capitulation. L'Europe politique est très sérieusement compromise", a déclaré dans un communiqué Laurent Leylekian, directeur de la Fédération euro-arménienne. "Ce résultat consternant est certes dû à l'inflexibilité d'Ankara qui n'a rien cédé du tout, mais aussi à la faiblesse patente des structures politiques intégrées de l'Union qui a encouragé la démission des chefs d'Etat et de gouvernement."

C'est la raison pour laquelle, Erdogan et ses partisans considèrent déjà cette capitulation européenne comme une victoire historique en voie de la nouvelle conquête de l'Europe par des Turcs au nom de l'Islam.

En effet, plusieurs milliers de sympathisants du Parti de la Justice et du Développement (AKP, au pouvoir), se sont rassemblés dans la nuit de vendredi à samedi pour accueillir à l'aéroport d'Istanbul Tayyip Erdogan, de retour "triomphal" du sommet européen de Bruxelles.

"Bienvenue à notre Premier ministre, conquérant de l'Union européenne", "la nouvelle étoile de l'UE", "pas d'UE sans Turquie" pouvait on lire sur les pancartes brandies par les manifestants, entre des drapeaux turcs, de l'UE et de l'AKP.

Le lendemain, les partisans de M. Erdogan se sont rassemblés sur la place centrale de Kizilay à Ankara, décorée pour l'occasion de ballons rouges et bleus -les couleurs des drapeaux turc et européen-, où l'arrivée du Premier ministre a été saluée par des gerbes de confettis, des feux d'artifices et des pétards. Erdogan a traversé Ankara dans un convoi comprenant, aux dires de son parti, 10.000 véhicules, et a été salué par une haie de spectateurs s'étendant sur près de 25 kilomètres, selon la chaîne de télévision NTV.

Erdogan, a eu vendredi une attitude "provocatrice et agressive" à l'issue du sommet européen en s'insurgeant contre une reconnaissance de Chypre, laissant les dirigeants des 25 pays de l'UE "bouche bée", selon le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn.

"On avait tout terminé. (...) Il y a eu des tractations terribles pour trouver un texte. (...) Le Conseil européen était terminé officiellement. On a fait venir les quatre délégations (des pays candidats, dont la Turquie). (...) Et là, tout à coup, M. Erdogan a recommencé à parler de la reconnaissance de Chypre à mon avis d'une façon assez provocatrice, assez agressive", a raconté le ministre luxembourgeois devant la presse.

"M. Erdogan (...) a fait savoir que la reconnaissance de Chypre n'est pas possible pour eux pour l'instant", a poursuivi Jean Asselborn, répétant que le Premier ministre turc s'exprimait de "façon assez radicale, assez agressive". "On était tous perplexes".

"On était bouche bée", a poursuivi le ministre, dont le pays assurera au premier semestre de 2005 la présidence de l'Union européenne.

"Ce que beaucoup de collègues ont dit au Conseil européen, (à savoir) que les politiciens turcs ont encore des choses à apprendre, est fort juste. Nous ne sommes pas des marchands de tapis, ici, en Europe", a poursuivi Jean Asselborn.

"Nous appuyons et appuierons à l'avenir les négociations d'adhésion de la Turquie", a-t-il affirmé. "Mais ce qu'on ne peut pas accepter, c'est de recommencer à discuter et à remettre en cause une chose fondamentale qui est la reconnaissance de Chypre" alors que parvenir à un accord entre les 25 et la Turquie avait demandé "autant de peine".

"Les Européens ont cédé aux Turcs", commente en France Le Figaro. "Une reconnaissance en bonne et due forme de la République de Chypre (...) reste un tabou à Ankara", note aussi Le Monde, pour qui cette question "continue de parasiter les négociations".

Et le conservateur allemand Die Welt s'insurge qu'Ankara "ait réussi à échapper à une condition sine qua non de chaque nouvel entrant, la reconnaissance de tous les anciens membres. (Info-turk, agences internationales, 19 décembre 2004)


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