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      La position de la France sur la Turquie embarrasse l'UE

La position de la France sur la Turquie embarrasse l'UE   25/11/2004

La position de la France sur la Turquie embarrasse la présidence de l'UE

LE MONDE | 25.11.04 | 14h33

Une décision unanime requise le 17 décembre.

La Haye de notre envoyé spécial

Amplifiées par les hésitations françaises, les divergences entre Etats membres à propos du dossier turc embarrassent la présidence néerlandaise de l'Union. A l'issue d'une rencontre avec son homologue, Abdullah Gül, mercredi 24 novembre à La Haye, le ministre néerlandais des affaires étrangères, Bernard Bot, a laissé entendre que le Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement allait sans doute, le 17 décembre, décider d'ouvrir des négociations d'adhésion avec Ankara. Sans s'en prendre explicitement à l'une ou l'autre capitale, il a rappelé : "Nous parlons de négociations d'adhésion", suggérant qu'il n'y avait pas d'alternative possible. Mais il a convenu qu'"il revient aux Etats membres de trancher" sur la base des recommandations, formulées au début du mois d'octobre par la Commission européenne, d'ouvrir les pourparlers, en les assortissant d'une série de conditions. M. Gül a, pour sa part, rappelé que la Turquie "attend une décision positive". A moins d'un mois de la réunion du Conseil, les diplomates néerlandais se demandent, en fait, comment concilier les points de vue exprimés dans les capitales, une décision devant être prise à l'unanimité.

Ce sont les récentes déclarations de Jacques Chirac qui sèment le trouble. A la mi-novembre, le président français a de nouveau évoqué la possibilité d'une "troisième hypothèse", qui pourrait prendre la forme d'un "lien suffisamment fort pour être conforme à nos ambitions de paix et de coopération sans être une intégration dans l'Union".Cette position minoritaire trouve un écho dans un pays comme l'Autriche. "Il est clair qu'il va falloir intégrer cette tonalité si nous voulons trouver un compromis", dit-on à La Haye. Chypre, dont la partie nord est occupée par l'armée turque, demande par ailleurs d'être reconnue par Ankara avant de commencer les pourparlers. Sans en faire une condition préalable de l'ouverture des négociations, M. Bot a rappelé que "la Turquie négociera avec vingt-cinq Etats membres" et qu'elle a "trois semaines pour influencer positivement le débat de décembre"

Le gouvernement néerlandais doit également tenir compte de sa propre opinion publique, dont les réticences vis-à-vis de la Turquie ont pu être confortées par l'assassinat récent du cinéaste Theo Van Gogh, même si celui-ci a été tué par un islamiste d'origine marocaine.

QUESTIONNAIRE

Au-delà des questions de fond, les capitales ne sont pas non plus d'accord sur la date d'ouverture des négociations. "Nous nous en tiendrons au langage adopté, qui parle d'ouverture dans les plus brefs délais", a estimé M. Bot, en se prononçant, sans plus de précisions, pour l'année 2005. Le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, dont le pays présidera l'Union au premier semestre 2005, souhaite lancer le processus pendant cette période. Très favorable à l'adhésion, le gouvernement britannique préférerait le faire sous sa présidence, au second semestre. Afin d'éviter toute collision avec le référendum sur la Constitution, les Français plaident pour la fin 2005, voire le début de 2006.

Les Néerlandais ont fait parvenir aux capitales un questionnaire visant à établir la liste de "toutes les conditions, que nous considérons comme importantes avant l'ouverture de négociations", a insisté M. Bot. A ses yeux, la Turquie ne doit "pas seulement intégrer l'acquis communautaire, mais aussi le mettre en œuvre". Cette démarche, dont l'objectif est de préparer une décision consensuelle, n'est pas du goût des candidats turcs. D'après M. Gül, "il n'y avait qu'une condition, c'était le rapport de la Commission. Puisque ce rapport a été remis et qu'il comporte une recommandation très claire, je crois que c'est notre droit de voir tous les pays membres le respecter".

Philippe Ricard


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