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      La Turquie: les raisons de dire non

La Turquie: les raisons de dire non   18/11/2004

En réponse à l'article paru dans
N°18 Alternatives-Internationales  Turquie, les raisons de dire oui  de J.F. Bayart

La Turquie, quid des raisons de dire non ? 

Lecteurs réguliers et enthousiastes de votre magazine, nous nous étonnons pourtant de la partialité dont vous faites preuve dans votre dernier numéro (18), en publiant un article de Jean-François Bayart qui expose les raisons de dire oui à la Turquie en Europe, sans avoir au moins l’honnêteté intellectuelle de lui adosser son contrepoint négatif : une question aussi controversée que celle-ci nécessite davantage de nuances que les quelques bémols émis du bout des lèvres par l’auteur. Il est des événements dont le politologue ne peut se débarrasser simplement en les renvoyant au processus historique de la construction de l’Etat-nation turc. 

Il n’est pas tout de dire que la " Turquie s’est, progressivement, mise en conformité avec l’évolution de l’Europe occidentale depuis les reformes ottomanes du XIXème siècle ", encore faut-il préciser que le déclin de l’Empire ottoman, visible dans la seconde moitié du XIXème, est notamment lié à son incapacité à réformer le sort de ses minorités nationales, et à répondre aux demandes de droits civiques de sa population arménienne, demandes pourtant régulièrement appuyées et légitimées par les grandes puissances européennes, au premier rang desquelles la France. C’est cette impuissance qui donne naissance à ce qui est devenu dès lors " la question arménienne ", à laquelle les membres du gouvernement Jeune turc décident de mettre un terme en organisant la destruction totale de sa population entre 1915 et 1917. Il s’agit d’autre chose que de " nationalisme de purification ethnique " quand la machine génocidaire est en marche. A moins que l’auteur ne veuille donner l’impression que ce sont là des maux bien petits en regard du résultat atteint, l’avènement de l’Etat-nation turc, érigé sous Mustafa Kemal… Lorsque par ailleurs, Jean-François Bayart explique avec pertinence, que " ces atrocités participent de la même matrice historique que la Shoah ", il lui faut aller jusqu’au bout de cette comparaison : la Shoah n’a-t-elle pas fait l’objet d’une demande de pardon sans conditions de la part de ceux qui étaient les héritiers des criminels ? 

Et puisqu’il en va ici de construction européenne, l’Allemagne n’a-t-elle pas du reconnaître ses torts et les réparer avant de pouvoir être le partenaire fondateur de la Communauté Européenne aux côtés de la France ? L’auteur demande à ce que l’on n’impose pas à la Turquie des conditions différentes de celles demandées aux autres pays candidats. Nous souscrivons à cette demande d’impartialité ; que la Turquie ne fasse que ce qui est exigible de tout pays avant de pouvoir prétendre au statut de pays européen : l’acceptation de ses fautes passées, la reconnaissance de sa responsabilité.

A l’aune de ces critères, qui ne sont plus ceux de l’économie mais de la morale, de la justice et du droit, la Turquie est très loin du droit chemin, puisqu’elle mène depuis des générations, une politique officielle de négationnisme du génocide arménien ; et qu’elle vient, par les dernières réformes adoptées à son code pénal, de montrer qu’elle n’entendait pas détacher la muselière qui bâillonne les intellectuels ou journalistes courageux de son pays, en décrétant que tout propos allant à l’encontre de l’intérêt national turc était passible de lourdes peines de prison (article 305). 

Et qu’est-ce-que l’intérêt national turc ? Pour le déterminer, les juges chargés d’appliquer la loi pourront se référer aux " motifs de la loi " mis en annexe du nouveau Code Pénal, et dans lesquels il est mentionné comme exemples de délit : " demander le retrait des soldats turcs de Chypre ou accepter une solution en défaveur de la Turquie ou simplement pour nuire à la Turquie, contre les vérités historiques, faire de la propagande dans la presse, en indiquant que les Arméniens ont subi un génocide pendant la première guerre mondiale "…Voilà quelques vérités qu’il est bon de garder en mémoire avant " de dire oui " à la Turquie. 

Séta Papazian
PrésidenteCollectif VAN
Vigilance Arménienne contre le Négationnisme


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