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Un Mariage contre Nature   20/09/2004

Un Mariage contre Nature

Par Roger AKL

Qu'attendait donc la commission européenne de la Turquie ? Qu'elle applique sans rechigner une démocratie occidentale tirée du christianisme ? Car, c'est bien sur les valeurs du christianisme qu'est basée la démocratie occidentale. C'est bien le christianisme qui a proclamé l'égalité entre les hommes ou plutôt les humains. Car c'est bien les valeurs chrétiennes qui proclament l'égalité des droits entre l'homme et la femme tout en reconnaissant leur diversité complémentaire. C'est bien le christianisme qui a proclamé que les hommes sont égaux quelques soient leur statut social, leur nationalité, leur religion et leur race. C'est bien le christianisme qui a fini par convaincre les occidentaux à abolir l'esclavage qui perdure dans certains pays musulmans.

Que cherche l'Europe quand elle s'accroche à une Turquie qui ne peut garder sa laïcité qu'en matant la volonté de son peuple et qui continue à vouloir légiférer contrairement aux règles démocratiques européennes ?

De quelle laïcité il s'agit quand la république de Mustapha Kemal a éliminé ses chrétiens par la force ou par la persuasion de la loi et de la rue ? Quand on n'est pas musulman, on est moins turc.1

Je ne fais pas ici un jugement de valeurs. L'islam est la religion du droit. Il a été le premier à donner des droits aux femmes dans le cadre des lois musulmanes. Seulement ces droits ont été définis une fois pour toutes dans le Coran. Ils ne peuvent pas être changés. L'islam donne plus de droits aux musulmans qu'aux non musulmans, plus de droits aux hommes qu'aux femmes. A un certain moment l'islam pouvait être, dans le jargon occidental, plus démocratique que les pays européens chrétiens. Mais comme la religion chrétienne a laissé la porte ouverte à son évolution, les Etats dits chrétiens ont évolué vers plus de démocratie et ont atteint le stade où ils sont actuellement. L'islam, par contre, a arrêté l'interprétation de son livre saint, le Coran, au 9ème siècle. Il n'est donc plus question de changer ses lois.2

C'est le problème qui se pose aujourd'hui, entre autres, à la Turquie. Comment adhérer à une Union Européenne laïque et démocratique, alors que la laïcité ne peut être garantie que par la force des baïonnettes ?

On voit aujourd'hui que la Turquie voulait punir l'adultère de prison. L'Europe a protesté. Le Parlement turc a reporté sa décision. Peut-être finira-t-il par obéir et retirer cette loi. Il le fera car il tient à faire partie de l'Europe. Il le fera peut-être durant les quinze ans que prendront les pourparlers pour son adhésion finale, aux dires de ceux qui y sont favorables.

Mais, dans quinze ans, la mentalité turque ou la religion de la presque totalité de sa population auront-elles changé ? Quel moyen de pression aura alors l'Europe pour forcer la Turquie à garder sa démocratie et sa laïcité contraires à ses valeurs de référence ?

En Algérie, le président Bouteflika avait promis d'améliorer le statut de la femme, je dis bien améliorer et non lui donner l'égalité. On dirait qu'il a été forcé d'y renoncer sous la pression des islamistes.

En ce qui concerne cette union projetée et contre nature de l'Europe et de la Turquie, je mets toute la faute sur les dirigeants européens, car ils se sont lancés dans une opération de mystification de leurs propres populations, pour des raisons électorales, stratégiques et commerciales temporaires alors que l'intérêt lointain de l'Europe et du monde (dont les Etats-Unis) est qu'elle devienne une superpuissance capable d'épauler les Etats-Unis quand ils ont raison et de les retenir quand ils ont tort. Une telle Europe aurait été capable d'empêcher les Etats-Unis de se lancer dans les sables mouvants irakiens à la suite d'une guerre injuste et injustifiée. Pourrait-elle devenir cette superpuissance avec une Turquie aux valeurs et aux buts si différents ? Il a été dit que "s'aimer ... C'est regarder dans la même direction". L'Europe et la Turquie regardent dans deux directions opposées, l'une vers l'océan, l'autre vers l'Asie.

Quel est l'intérêt de la Turquie que les sirènes européennes sont en train de distraire d'une expérience unique en son genre dans le monde musulman ? L'Europe "de Vénus" est en train d'intervenir dans les affaires intérieures turques renforçant le gouvernement islamiste face au garant militaire de la laïcité turque et de l'évolution de la Turquie vers plus de démocratie. Aujourd'hui, il y a un bras de fer réel entre l'armée garante de la laïcité et de la modernité turques et les dirigeants islamistes appelant de leurs vœux une démocratie temporaire qui ramènera, par les urnes, la Turquie à plus d'intégrisme.

L'Europe ne fait-elle pas les mêmes erreurs interventionnistes que l'Amérique avec des armes différentes ? Se croit-elle si supérieure aux autres pays, dont la Turquie, pour vouloir les inciter à adopter au pas de charge ses valeurs et ses constitutions, sans tenir compte de leurs us, coutumes et croyances ? Quelles que soient les lois occidentales adoptées par la Turquie pour adhérer à l'Europe, elles seront changées nécessairement, après l'adhésion, pour revenir à celles satisfaisant les us, les coutumes et les croyances des Turcs. Que fera alors l'Europe ?

L'Europe et l'Amérique sont les deux faces d'une même arrogance, l'une est de Mars et l'autre de Vénus.

Malheur aux arrogants !

" Dans une nouvelle volte-face, jeudi dans la nuit, le Parti de la justice et du développement (AKP), issu du mouvement islamiste, et fort de près de deux tiers des sièges à l'Assemblée nationale, a finalement remis sur la table le très controversé projet de loi pénalisant l'adultère de six mois à un an de prison ", écrit M. Marc Semo dans Libération du 18/9/2004.

Il ajoute : " Tant en Turquie qu'à Bruxelles s'accroît en tout cas le doute sur le réel engagement européen de l'AKP et de son leader incontesté Erdogan. Très traditionaliste, l'ex-maire islamiste du grand Istanbul entretient la confusion : il donne des gages à la frange conservatrice de son parti tout en jouant la carte européenne, pragmatisme oblige, dans un pays massivement en faveur de l'entrée dans l'UE. "

Combien de retournements et d'incompréhensions faudra-t-il pour que les Européens comprennent que la Turquie, tout en étant alliée et amie de l'Europe, n'a pas la vocation d'en faire partie intégrante.

1- Lire Jérémie Jonas, " Cri d'un Chrétien D'un Chrétien d'Orient, face à l'Amérique, Israël et l'Intégrisme, éditions sigest, Alfortville, P.91, note 149.
2- Pour plus de détails sur le sujet, lire Jérémie Jonas, op. cit., pages 44 à 61.


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