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      Alexandre ADLER

Alexandre ADLER   28/04/2004

ALEXANDRE ADLER OU LE CHOC DES MEMOIRES

Lors du débat consacré à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, " Mots croisés " sur A 2, lundi 26 avril, la gorge étreinte d’émotion, Alexandre Adler, le brillant, omniscient et omniprésent historien, politologue, journaliste, s’est finalement dévoilé en reconnaissant que sa sympathie pour la Turquie avait pour fondement son histoire familiale. " Juif-allemand ", il doit la vie à la Turquie qui, en accueillant les membres de sa famille durant la seconde guerre mondiale, les a ainsi sauvés de l’extermination. On comprend mieux du coup, son zèle à défendre avec une opiniâtreté rare la Turquie. Celui qui est si prompt à défendre la cause des Albanais du Kosovo, des Bosniaques et des Tchètchènes , a toujours été étonnement silencieux sur le sort fait aux Kurdes, le génocide arménien, l’extermination des Assyriens, l’invasion et l’occupation de Chypre. Lapsus révélateur ou maladresse, il a, lors de ce débat fort mal mené et tendancieux, parlé de quelques " détails " qu’il faudrait encore " corriger " pour intégrer la Turquie. Occultant une fois de plus le génocide arménien, il a d’un revers de main balayé les objections de son contradicteur Alexandre Del Valle en marmonnant que : " l’Arménie était aussi susceptible d’intégrer l’Union européenne ".

Plus tard, il affirmait " ne pas croire au choc des civilisations ". Le choc des mémoires semble lui suffire : mémoire juive contre mémoire arménienne ou … " le choc des génocides ". Il confie avec un tact rare qu’il prend le parti de la Turquie parce que, selon ses propos, " ce n’est ni la Suisse, ni la France qui a accueilli sa famille ". Pour ma part, ma famille et moi-même avons fait le choix de la France, et de l’Europe, parce qu’elle a recueilli mes grands-parents rescapés du génocide ourdi et exécuté par les Turcs avec la complicité de l’Allemagne, une Allemagne alliée de l’Empire ottoman durant le premier conflit mondial. Alexandre Adler est un spécialiste trop éclairé pour ignorer que cette même Turquie a observé durant toute la seconde guerre mondiale une " neutralité bienveillante " à l’égard de l’Allemagne nazie, accueillant dans ses ports les navires allemands et en permettant une présence allemande sur la frontière soviétique pour, le moment venu, prendre les soviétiques de revers. Les intérêts de l’Allemagne et de la Turquie étaient, une fois de plus, convergents : pour l’un le pétrole de la Caspienne, pour l’autre, l’union avec les peuples turcs du Caucase et d’Asie centrale, parachèvement du vieux rêve panturquiste. Ce n’est en qu’en 1944, que cette bienveillante Turquie rompt ses relations diplomatiques avec Hitler et au printemps 1945, sous la pression de Winston Churchill, qu’elle déclare, enfin, la guerre à l’Allemagne. En 1942, au plus fort du conflit, ce même Etat turc instaure un impôt inique appelé " Impôt sur les biens " qui frappe dans des proportions astronomiques Grecs, Juifs mais surtout Arméniens en ruinant les membres de ces communautés. Condamnés à la déportation dans la région d’Achkalé (Anatolie orientale), des milliers d’Arméniens ruinés par cet impôt sont enfermés dans des camps de concentration sous le prétexte qu’ils " refusent de payer " cet impôt exorbitant. Au même moment, des troupes de bosniaques engagées dans la Wechmacht massacrent les Serbes qui, comme en 14-18 et à la différence des turcs, ont choisi le camp de l’Europe et de la civilisation.

Monsieur Adler ignore-t-il, la même année, l’enrôlement de 20 classes de citoyens turcs d’origine arménienne, leur envoi dans les provinces orientales où on les vêt d’uniformes de couleur distincte et auxquels on ne confie pas d’armes. ? Alexandre Adler n’a-t-il jamais entendu parler des " 6 et 7 septembre 1955 ", une " Nuit de cristal à la turque " qui fit des quartiers grecs et arméniens de Smyrne et d’Istanbul le théâtre de véritables pogroms, avec leurs cortèges de meurtres, de viols, de rapines, faisant des centaines de victimes. Tout cela se passe, non pas dans le " brillant empire turc du XVI-ème siècle " exalté à satiété par A. Adler, G. Veinstein et B. Lewis (peut-être en souvenir de quelques aïeux sauvés des persécutions espagnoles de 1492 et recueillis dans l’empire ottoman) mais au 20-ème siècle, aux portes de cette Europe, qui doit tant, selon M. Chirac à cette " brillante civilisation ".

Que dire encore de cette journaliste turque s’étouffant en entendant parler du génocide arménien ( courageusement évoqué par A. Del Valle et si lâchement tu par les politiques présents), et vociférant : " je me contiens " alors qu’elle aurait à cet instant dû mourir de honte ? Que dire du silence de l’ensemble des participants lorsqu’ avec la plus extrême impudence celle-ci déclare : " nous sommes un peuple dynamique et pendant que les pantouflards français (qu’elle déclare aimer par ailleurs ) promènent leurs chiens, nous nous augmentons en nombre ". ?

Cette " femme émancipée " que l’on nous présentait comme l’incarnation de cette Turquie " moderne et laïque ", emportée par son ressentiment, n’a-t-elle pas compris qu’en reprenant les thèmes des sermons de nombreux imams turcs, qui dans leur pays et au cœur de nos villes, en France, en Allemagne, prônent la conquête des terres des infidèles (giavour) " grâce aux ventres de leurs femmes ", ne faisait que révéler le sentiment de l’immense majorité d’un peuple pétri de préjugés racistes et pour lequel " arménien ", " grec ", mais aussi " juif ", sont les pires insultes ? Le ridicule ne tuant pas, surtout en Turquie, elle ajoute sans sourciller que " la Turquie est plus européenne que les pays baltes et que des siècles durant, les Turcs ont été en Europe, dans les Balkans, en Grèce et qu’ils ont contribué à son histoire ".

Sur ce dernier point, on ne peut que lui donner raison ; la contribution du peuple turc à la civilisation européenne est à la hauteur de sa réputation puisqu’il lui a légué le mot GENOCIDE.

Philippe Sukiasyan
France

 

 


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