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      L’entrée de la Turquie en Europe : conditions ...

L’entrée de la Turquie en Europe : conditions ...   1/04/2004

Conditions nécessaires à l’entrée de la Turquie en Europe.
par Roger AKL

La Turquie et l’Europe.

Dans l’essai sur l’unité de l’Europe1, nous avons vu comment les Européens ont essayé de récolter les fruits du christianisme (la démocratie avec ses corollaires de liberté, d’égalité et de fraternité, ainsi que la séparation entre le religieux et le politique), après avoir voulu couper l’arbre qui les porte. Le résultat était prévisible. En coupant l’arbre qu’est le christianisme, ils ont arrêté la sève, la nourriture spirituelle qui alimente les fruits. Ils ont ainsi semé les germes de leur décadence spirituelle.

L’Europe se refuse maintenant à introduire dans sa constitution toute référence à ses racines chrétiennes. Car, disent ses " sages "  l’Europe a aussi des citoyens musulmans et juifs.

Or, seul le christianisme recommande la séparation de l’Etat et de la religion : " Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu… Mon Royaume n’est pas de ce monde ", a dit le Christ, fondateur de la religion chrétienne.

Ce n’est pas le cas pour les deux autres religions monothéistes, surtout la musulmane qui nous concerne le plus, car elle a des ambitions universelles.

Or, l’Europe, dans sa ruée à collectionner de plus en plus d’Etats, va se retrouver en Décembre devant une décision vitale pour son identité, sa culture, sa civilisation et, en un mot, son existence : Faut-il accepter la Turquie en Europe ?

Les Européens ont posé des conditions à l’entrée de la Turquie. Elles se résument dans l’acceptation par la Turquie des critères démocratiques occidentaux et de la réunification de l’île de Chypre, ainsi que la reconnaissance par elle du génocide arménien.

Je pense qu’en cela, les Européens ont mis la charrue avant les bœufs. Car, avant de poser des conditions à la Turquie, il s’agit de savoir si la Turquie a une culture et une civilisation pouvant s’adapter à la démocratie européenne, c’est-à-dire à la culture et à la civilisation de l’Europe.

Culture et Civilisation.

L’Europe a une culture et une civilisation basées sur l’apport gréco-romain et les principes de liberté, égalité et fraternité individuelles et universelles basées sur les apports des évangiles chrétiens.

La Grèce et Rome avaient bien des régimes républicains, mais ils ne s’appliquaient qu’aux citoyens de ces républiques. L’esclavage y était légal. Il a fallu plusieurs siècles de Christianisme pour l’abolir.

Quant à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Il a fallu des siècles aux Européens pour l’appliquer, malgré les incitations du Christ.

Parlons maintenant de la culture et de la civilisation turques :

Les Turcs sont un peuple islamisé par les Califes et utilisé par eux comme apport militaire contre les peuples de leur empire et contre l’empire byzantin.

Après avoir renversé leurs califes arabes, ils ont conquis l’empire byzantin et les Balkans durant des siècles de combat.

L’empire ottoman s’est donc construit contre les civilisations gréco-romaine et chrétienne des peuples conquis qu’ils ont islamisé par différents moyens de pression dont la guerre, les massacres (Le génocide des Arméniens n’est pas le seul dans l’histoire ottomane) et la forte taxation (Jizia) des non musulmans réduits au statut de Dhimmis.

Ce statut est le résultat de la religion musulmane de l’empire ottoman. La religion musulmane est une religion politique ayant des lois civiles, politiques, sociales, relationnelles auxquelles l’Etat et le citoyen musulmans doivent obéir. C’est la Charia.

Quelle que soit la valeur de ces lois2, elles sont en nette contradiction avec la démocratie de type occidental.

Le principe d’égalité entre les sexes n’y est pas appliqué. De même, un non musulman n’est pas l’égal d’un musulman.

Il est impossible de séparer le religieux du politique. On l’a vu au Liban et surtout en Afghanistan et en Irak.

Quant à la liberté, le musulman n’est pas libre de choisir une autre religion et même de revenir à sa religion d’origine.

C’est pour cela qu’aucun pays musulman n’a réussi actuellement à concilier la démocratie avec la séparation du religieux et du politique :

Au Liban, le mandat français a réussi à créer un Etat où les pouvoirs étaient répartis entre les confessions. Mais le législateur français a été forcé de séparer le code civil de l’Etat pour le donner aux religieux. L’expérience libanaise n’a pas encore été concluante car les Libanais se débattent encore pour trouver un moyen de faire vivre ensemble les citoyens d’un même pays3.

Le cas de l’Irak est très intéressant. L’Irak libéré par les Américains a voulu se donner une constitution. Les Américains forts de leurs 130.000 hommes ont voulu qu’elle soit démocratique et laïque. Déjà, ils ont été forcés de limiter les droits des femmes et d’accepter que l’islam soit une source de la loi. Ce qui ne satisfait pas du tout les dignitaires chiites (10 mars 04).

Quant à l’initiative américaine de démocratisation du Moyen-Orient, elle a suscité des réactions indignées de la part de tous les gouvernements arabes, en commençant par les alliés des Américains.

En Tunisie et en Turquie, l’Etat a réussi à séparer le religieux du politique, mais en rognant sur la démocratie.

La Turquie moderne.

On a dit que la Turquie a une constitution laïque. C’est vrai. Mais cette constitution a été établie par la force des armes par Mustapha Kemal. L’armée turque est toujours prête à garantir cette laïcité, par la force si nécessaire.

Mais si la Turquie entrait en Europe, elle devrait auparavant satisfaire une des exigences européennes qui est de faire revenir les troupes turques dans leurs casernes.

Or, 98% des Turcs sont musulmans et croyants. Un musulman peut renoncer à la charia s’il y est forcé6. Mais quand la force est levée, son devoir religieux est de l’exiger. C’est ce qui est arrivé avec la crise du voile en France.

C’est pour cela que la question de l’entrée de la Turquie en Europe pose des problèmes beaucoup plus profonds que les simples critères qui lui ont été demandés.

Conclusion.

Une entrée de la Turquie en Europe exigera que l’armée turque arrête de se mêler de politique. A ce moment-là, le gouvernement islamiste et le peuple turcs auront le devoir religieux de réclamer l’application de la Charia. Que deviendra alors l’Europe dont un Etat des plus peuplés est islamiste, applique la charia et, de ce fait, enfreint les règles de démocratie exigées par l’Union ?

Une entrée de la Turquie en Europe facilitera l’immigration, dans les pays de l’Union, de tous ceux qui en Turquie recherchent du travail. Vu l’expansion démographique turque (et des Etats asiatiques à population turque), la population musulmane européenne pourrait s’accroître indéfiniment.

Alors, des problèmes comme celui du voile pourraient s’envenimer. Qu’en serait-il si un pays européen de poids avait une majorité musulmane ? Devrait-il alors changer sa constitution ?

En acceptant que la Turquie entre en Europe, cette dernière prend le risque de changer de culture et de civilisation. Elle prend le risque de perdre sa démocratie. Elle prend le risque d’être libanisée, balkanisée ou yougoslavisée5.

On a dit que le parti d’Erdogan est un parti islamiste modéré. Ne serait-il pas plutôt rusé6, utilisant l’Europe pour se débarrasser des militaires ? Entré en Europe, il pourrait alors la conquérir de l’intérieur.

L’Europe ne veut pas être un club chrétien. Cela se conçoit. Mais pour cela est-il nécessaire qu’elle perde son âme ?

1) Lire pour cela la Lettre de l’ADL (Arménien Démocrate Libéral), N. 30, Nov-Dec 2003, P. 3, 29 rue E. Dolet 94140 Alfortville
2) Ce n’est pas à nous d’en juger
3) Lire l’article de Roger AKL, Islam et démocratie :l’exemple du Liban, dans Défense Nationale, Février 2002, Paris.
4) L’imam de Lille Sud, Amar Lasfar, a confié à Dalil Kenz, dans le Figaro du 28/11/2002, page 12, que les musulmans, étantminoritaires en France, n’ont pas le devoir d’y appliquer la Charia. Ce qui laisse supposer qu’ils devraient le faire s’ils y devenaient la majorité.De même Abou Saïd al Khoudry relate un des Hadiths (témoignages du prophète Mahomet) : " J’ai entendu le Messager d’Allah _qu’Allah le bénisse et lui accorde le salut _ s’exprimer en ces termes : celui d’entre vous qui voit une chose répréhensible, qu’il la redresse de sa main, ; s’il ne le peut que ce soit en usant du langage ; s’il ne le peut que ce soit en la réprouvant en son for intérieur. " Roger AKL, Défense Nationale, op.cit, P.130
5) Pays ou régions conquis par les empires arabe ou ottoman
6) " Dieu ruse aussi. Dieu est le plus fort de ceux qui rusent ". Le Coran (3/54, 13/42, 16/26)


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