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      La Turquie en Europe...

La Turquie en Europe...   15/03/2004

Communiqué de presse sur le nouveau livre-événement d’Alexandre del Valle*

La Turquie en Europe : un Cheval de Troie islamiste ?(Editions des Syrtes, 425 p, 23 euros) Disponible en librairie le 11 mars 2004 prochain  En décembre 2004, le sort de la Turquie dans l’Europe sera définitivement scellé.

La Commission Européenne de Bruxelles se prononcera en effet sur sa candidature qui, si elle s’avère acceptée, ôtera les derniers freins psychologiques et politiques à l’entrée de la Turquie dans l’Union.

Cette échéance si proche est pourtant méconnue des opinions publiques européennes et la question de la Turquie dans l’Europe reste quasiment absente du débat public français.

Réalise-t-on vraiment les enjeux considérables de cette décision sur l’avenir de l’union européenne ?

Professeur de géopolitique et spécialiste des questions de sécurité et d’islamisme, Alexandre Del Valle lance un débat qui n’a, hélas, jamais eu lieu : celui sur les frontières de l’Europe et l’opportunités de l’entrée de la Turquie dans l’Union. Il confronte les arguments des partisans de la Turquie dans l’Europe à une contre analyse pointue.

Préfacé par le Grand Reporter du Monde, Jean Pierre Péroncel-Hugoz, l’ouvrage donne une traduction claire des intérêts en jeu et de leurs conséquences, à partir d’éléments factuels et d’observations de la société turque et de ses institutions au cours de la dernière décennie.

Montrant l’effritement progressif des valeurs laïques et modernistes de Mustapha Kemal, l’auteur place au centre de son analyse la question de la menace islamiste, tant de la part du pouvoir en place à Istanbul depuis 2002, faussement qualifié à ses yeux d’ " islamisme modéré ", que des groupes extrémistes, actifs depuis longtemps au-delà des frontières de la Turquie.

A travers l’analogie du Cheval de Troie, Alexandre Del Valle demande en effet si l’Europe ne fait pas preuve, comme jadis la glorieuse Cité prétendue invincible, d’une dangereuse naïveté en offrant à l’islamisme, aussi bien sorti des urnes que terroriste, la possibilité de rentrer par sa grande porte.

Sans parti pris " anti-turc ", mais avec objectivité, l’auteur détaille toute la problématique soulevée par cette question :

Une " européanité " revendiquée, mais usurpée…

Si l’héritage greco-romain et judeo-chrétien, prôné pour rallier la Turquie à l’identité européenne, est bien une réalité, il est cependant très antérieur à la présence des Turcs, venus d’Asie au Xème siècle. L’histoire du pays sera dès lors marquée par l’éviction progressive et souvent violente des Européens et des non-musulmans, l’aboutissement final de ce long processus culminant au début du XXè siècle, avec le génocide arménien (1915), l’expulsion de 2 millions de Grecs (1922) et la mise en place de lois discriminatoires visant à contraindre les minorités ethniques ou religieuses à l’exil ou à la turcisation, visant en particulier les Kurdes, les Chrétiens et même les Juifs. Ce processus d’homogénéisation culturelle a été soutenu par un révisionnisme historique d’Etat de grande ampleur, exprimé dans les manuels scolaires et les discours officiels, qui a effacé cet héritage de la conscience nationale turque, le réduisant à quelques vestiges pour touristes.

Le réformisme laïc et moderniste d’Atatürk a certes aboli le Califat, adopté l’alphabet latin, interdit officiellement les confréries islamiques, banni le voile islamique et donné le droit de vote aux femmes dès 1934.

Mais l’auteur montre que le visage occidentalisé de la Turquie est celui de l’élite d’Istanbul, d’Izmir et des cercles intellectuels ou militaires. Elle fait aujourd’hui encore plus figure d’exception face à la réislamisation croissante, ces dernières années, de la société et du nationalisme turc. A 99% musulmane, avec 65% de femmes voilées, la population turque est, en effet, l’une des plus réislamisées du monde musulman, grâce à des outils de propagande étatiques et associatifs très puissants.

L’ " islamisme modéré " ? Une imposture…

Jusqu’à l’accession au pouvoir de l’AKP, le 3 novembre 2002, chacun se félicitait que le kémalisme, avec le soutien de l’armée turque, empêche l’ascension politique des islamistes. Aujourd’hui, comme autrefois avec Khomeiny, certains en Europe tempèrent la portée de ce bouleversement politique ; ils considèrent le gouvernement Erdogan comme un modèle d’" islamisme modéré ", équivalent des " conservateurs " ou des démocrates-chrétiens ! Pour les Etats-Unis, il s’agit même d’un champ d’expérimentation d’une " 3ème voie islamo-démocratique ", un " moindre mal " exportable dans d’autres pays musulmans, pour empêcher ces mêmes islamistes de prendre le pouvoir de force par une révolution.

Selon Alexandre Del Valle, cette analyse " islamiquement correcte " est naïve et aberrante, tant les objectifs du nouveau pouvoir en place se montrent un peu plus chaque jour éloignés de l’idéal démocratique et libéral occidental et surtout du kémalisme. A travers de nombreux exemples (retour du voile dans les lieux publics et les cérémonies officielles du pouvoir, rétablissement annoncé – " par étapes " - de la loi islamique (la " Seriat " ou Charia), l’auteur montre comment le pays rompt en douceur avec les valeurs kémalistes qui lui avaient valu l’appellation d’ " exception laïque turque ".

Par ailleurs, l’arrivée au pouvoir des islamistes par la voie démocratique n’a nullement empêché les groupes terroristes de rester actifs et incontrôlables, comme l’ont récemment montré les attentats anti-occidentaux et anti-juifs très meurtriers de novembre 2003.

Une victoire pour l’islamisme… 

Pour la Turquie, l’entrée dans l’Europe est un enjeu économique, seul moyen de sortir d’une longue crise structurelle. Pour le gouvernement islamiste, c’est également un enjeu politique : grâce à l’argument de la démocratie et le parapluie politico-juridique de Bruxelles, il pourrait anéantir définitivement l’influence et la vigilance de l’armée turque, dernier rempart du kémalisme contre l’escalade islamiste.

Sur le plan géopolitique, le mouvement islamiste incarné par le parti d’Erdogan escompte poursuivre son objectif de réislamisation, étendant son influence en Europe, où plusieurs millions de citoyens turcs résident déjà, et surtout dans les régions jadis sous domination turco-ottomanes, telles que les Balkans. Le visage d’une Turquie ultra-nationaliste et maintenant néo-islamiste s’affiche au grand jour à mesure que baisse la voie d’Atatürk, véritable bête noire des islamistes du monde entier, de plus en plus considéré comme un " ennemi de l’islam " en Turquie même et censé avoir été inspiré par les " impérialistes " occidentaux, en particulier juifs et francs-maçons, selon une propagande islamiste qui enregistre toujours plus d’échos.

Pour Alexandre Del Valle, la stratégie cheval de Troie déployée par les " islamistes modérés " de l’AKP consiste à intégrer l’Union européenne et à subvertir les valeurs démocratiques occidentales dans le double but de tourner la page du kémalisme en Turquie au nom des " critères de Copenhague " et d’islamiser à terme l’Europe démographiquement et spirituellement.

Pour les réseaux terroristes aussi, l’Europe est une aubaine. La stratégie du cheval de Troie des islamo-terroristes consistera à profiter de l’ouverture des frontières inhérente à l’espace Shenghen pour faciliter le recrutement, la formation et l’exfiltration des moujahidines en provenance de Turquie, de l’Asie centrale, des Balkans, des montagnes du Kurdistan et de l’Irak voisin, nouveau bastion d’Al Qaïda.

L’Union européenne remise en question

Pour Alexandre del Valle, en cela en accord avec Valéry Giscard d’Estaing, l’entrée de la Turquie dans l’Europe marquerait la fin de l’Union européenne telle que nous la connaissons.

En acceptant la candidature d’Ankara, fin décembre 2004, Bruxelles ouvrirait non seulement la porte au premier Etat musulman et islamiste, mais créerait aussi un grave précédent d’ordre éthique, accordant de facto à la Turquie une légitimité démocratique sans même exiger préalablement l’arrêt effectif des actions violant les valeurs fondamentales de base des sociétés démocratiques occidentales depuis la fin de la seconde guerre mondiale: l’atteinte aux droits de l’homme et à la liberté d’expression, l’inégalité des droits pour les minorités ethno-religieuses, l’occupation illégale de pays tiers (Chypre) et, bien sûr, la non reconnaissance du génocide arménien.

L’Europe connaîtrait alors un nouveau rapport de force. La Turquie ne serait pas un membre parmi les autres, mais bien l’acteur prépondérant : la1ère puissance démographique, la 1ère puissance militaire terrestre avec près d’un million de soldats (2ème armée de l’OTAN après les USA), la plus grande représentation au Parlement de Strasbourg (92 députés, contre 85 pour l’Allemagne et 72 pour la France) et au Conseil européen.

Cette nouvelle donne aurait des conséquences sur l’Europe économique, avec une crise prévisible (due aux délocalisations, à l’adaptation – voire l’explosion - de la PAC…). Quand certains voient en l’intégration de la Turquie dans l’Union un moyen de pousser définitivement celle-ci dans le camp occidental, Alexandre del Valle propose d’étudier la question sous d’autres angles : la sécurité de l’Europe, inévitablement menacée par la position géographique de la Turquie, limitrophe de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran, et voisine de la Tchétchénie, destination privilégiée des moujahidines turcs ; le jeu des USA, qui souhaitent rendre l’Europe politique impossible et en faire un espace lié militairement à l’OTAN.

Par ailleurs, la réislamisation de la société turque fait écho au renouveau général et planétaire de l’islamisme politique depuis le 11 septembre 2001. L’admission de la Turquie serait donc un symbole très fort pour les islamistes du monde entier, et une formidable occasion d’étendre leur influence sur la jeunesse européenne issue de l’immigration musulmane, étant donné que les islamistes anti-occidentaux savent parfaitement utiliser à leur avantage la liberté d’expression et d’action propre aux pays occidentaux mais inexistants dans leurs propres pays et réfutés par leurs propres doctrines totalitaires. La tentation sera grande pour la Turquie de devenir un " super lobby " de l’islam politique en Europe, se posant en protecteur des minorités à la moindre affaire de foulard islamique ou " d’islamophobie ".

Pour Alexandre Del Valle, intégrer la Turquie dans l’Union revient en fin de compte à rompre avec le projet européen d’origine, à nier sa cohérence géopolitique et civilisationnelle. Ainsi privée de colonne vertébrale et de sens, l’Europe s’apprête à devenir une simple zone de libre échange, qui pourrait s’élargir indéfiniment vers le Maghreb, l’Afrique ou le Liban.

Est-on prêt pour cette nouvelle configuration sociale et géopolitique de l’Europe ?

D’après Alexandre del Valle, tant que la question des droits de l’homme ne sera pas réglée, tant qu’Ankara n’aura pas reconnu le génocide des Arméniens, tant que le pouvoir actuel demeurera en place et la " stratégie du cheval de Troie " possible, la Turquie ne pourra prétendre à un autre statut géopolitique que celui d’Etat associé, déjà fort avantageux pour elle et susceptible d’éviter les deux écueils que sont le rejet unilatéral et la pleine intégration irresponsable : un partenaire privilégié de l’Europe et un allié important de l’Occident, membre du Conseil de l’Europe et de l’Alliance Atlantique.


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